lundi 9 mars 2009

dents de scie

J’ai fini par m’interroger sérieusement sur ce besoin d’être mince. Sur cette nostalgie qui m’envahissait en regardant les photos. Bien sur il ya le culte de la minceur prôné par la société mais il y a plus que cela.

Dans ma vie, cette période représente pour moi une période de réussite, d’accomplissement et d’épanouissement personnel.

Avant j’étais une petite fille. Quand je regarde les photos je vois une ado aux traits mal dégrossis, au look façonné par maman. Une fille dans l’ombre de son père. Une fille mal dans sa peau. C’est aussi le reflet de cette fille qui a vécu des traumatismes, cette fille qui a fait des passages à l’acte, qui a connu le fond…

Et puis c’est comme si soudainement j’avais pris ma vie en main. Je suis « devenue », je me suis affinée, je suis entrée dans la vie active, puis j’ai eu une relation amoureuse, je suis partie au canada, j’ai eu des boulots qui m’ont plu, j’ai été entouré de pleins d’amis…

Pendant cette période qui a duré 4 ans, je n’ai fait aucun passage a l’acte, j’étais bien avec moi-même, avec les autres. C’est quand j’ai commencé à lâcher prise sur mon physique que tout a dégringolé autour de moi. En fait, c’est comme si mon physique était le point de départ de tout ce qui se joue dans ma vie, bon ou mauvais. C’est peut être parce que je sens cela inconsciemment que j’y accorde autant d’importance. Sauf que maintenant, c’est devenu conscient.


Et puis et puis je pense cela et me viennent d’autres images que je ne peux chasser de ma tête. Association d’idée, passage a l’acte, hôpital…


Je me réveille, je suis seule dans une chambre. Le mur blanc face a moi et je me rends compte avec effroi que je suis attachée. J’ai besoin d’aller aux toilettes mais je ne peux accéder a la sonnette des infirmières. Il me faudrait donc crier ? Mais non, c’est bon pour les animaux. Je panique, j’ai peur de me faire dessus.
Ca m’est déjà arrivé l’autre fois que j’étais attachée justement. J’avais implorée qu’on me laisse aller aux toilettes mais non pas moyen, et je n’avais pas réussi à faire dans leur bassin. Moi qui suis si maniaque de l’hygiène, je m’étais faite dessus, je pleurais toutes les larmes de mon corps, de honte, de dégout. Mais ca n’avait ému personne, on ne m’avait même pas détachée une seconde pour me changer…alors comme je repensais a cette expérience, j’ai vaincu ma timidité, ma honte, et j’ai crié, pour qu’on vienne.

Je pleure. De peur, de chagrin parce que personne qui n’a eu à vivre cela ne pourra comprendre ma peine bien sur. Ne pourra comprendre ma honte, mon dégout, ma peur. Je pleure parce que j’ai l’impression que jamais ca ne partira de ma tête. Parce que des souvenirs comme cela j’en ai trop.

C’est un thème que j’enferme dans un grand sac de silence par pudeur, par honte. Mais aussi par peur de choquer, par peur du rejet. J’aimerais en parler, mais comment trouver les mots ? J’aimerais tellement faire sortir ces cauchemars de moi mais comment raconter au plus juste pour que l’autre comprenne ? Et puis j’ai tout le temps peur du « tu l’as bien cherché »...c’est vrai que je l’ai bien cherché…alors je me tais…

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Les conséquences de la contention que tu as subie sont particulièrement désagréables mais ne les vis pas comme des moments de honte. Tu n’y pouvais rien. Ça n’a rien d’infamant non plus, il s’agit d’un accident, c’est tout. Et puis il y a plein de moments dans la vie où l’on n’ est…disons… pas forcément à son avantage sans que cela soit grave pour autant. Certaines femmes par exemple, quand elles accouchent et poussent au moment des contractions, défèquent en même temps. Bon et alors ? La sage-femme les déculpabilise, leur explique que c’est normal et elles ne se sentent pas humiliées. De même, une copine m’avait raconté qu’une fois elle s’était littéralement fait dessus dans un hypermarché suite à une sévère gastro-entérite. En plus elle portait ce jour là un pantalon blanc. Et bien elle a pris le parti de rire d’une mésaventure si pénible a priori ! Sèche tes larmes et considère plutôt que ton état d’esprit du moment t’incline à tout dramatiser, à tout voir en noir. Quant à ta minceur et l’emblème de quatre années de pur bonheur qu’elle constitue à tes yeux, n’en fais pas une fixation. D’abord, n’as-tu pas tendance à idéaliser ces années ? Tu parles par exemple de tous ces amis dont tu étais entourée. Où sont-ils donc aujourd’hui ? Tu as précisé dans un de tes précédents articles que tu ne t’appuyais que sur toi et ta famille (là encore tu sembles reproduire le schéma paternel dans lequel il y a une nette distinction entre votre famille et les autres). Or les vrais amis sont précisément là quand tout va mal. Essaie de ne plus faire de ton physique une obsession (même si c’est plus facile à dire qu’à faire). Attaque- toi plutôt aux causes de ton mal être. Tu sais que ton surpoids n’est qu’un symptôme et qu’il disparaîtra naturellement dès que tu te sentiras mieux. Peut être même qu’un jour bonheur rimera avec rondeurs car après tout tu ne parais pas être une « vraie mince », t’étant jusqu’à présent fabriqué une silhouette filiforme aux prix d’importants sacrifices sur le plan alimentaire. Et rien ne dit, si tu vis en couple, que tu auras le courage «de ne grignoter que deux radis » pendant que ton chéri dégustera régulièrement de bons petits plats.